le 4 mai
Barry Smit, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en changement de l'environnement et professeur de géographie, Université de Guelph
http://www.uoguelph.ca/geography/faculty/smit.htm
(présentation en anglais seulement)
Barry Smit présente les progrès réalisés dans la recherche sur les impacts et l’adaptation à l’échelle internationale et à l’échelle canadienne. Il propose un regard sur l’application potentielle des idées et sujets de recherche traités dans le cadre de la conférence.
La question Quelle est la gravité des changements climatiques? est motivée par des considérations d’ordre politique (par ex., le protocole de Kyoto). M. Smit se demande « À quel point faisons-nous face à un danger? ». Si les répercussions des changements climatiques sont à ce point importantes qu’elles mettent en péril la production alimentaire en plus de compromettre la viabilité de l’économie, la communauté internationale doit se mobiliser.
Ces répercussions réelles et potentielles soulèvent la question Quoi faire ? D’abord, il y a l’atténuation, vient ensuite l’adaptation, où les gens ajustent leurs façons de vivre de manière à réduire la vulnérabilité. « Le concept de l’adaptation n’est pas nouveau, il fait partie de l’article Quatre de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à titre de mesure d’atténuation » dit M. Smit, soulignant qu’il existe bien d’autres engagements explicites envers l’adaptation.
La notion d’adaptation convient parfaitement à la gestion des zones côtières, de l’agriculture et des ressources hydriques. Déjà dans le plan préliminaire de la Convention, on reconnaissait l’importance d’intégrer l’adaptation. Ainsi il fut convenu d’entrée de jeu de composer non seulement avec des changements de température à long terme mais avec des événements tels que des sécheresses et autres comme faisant partie de la donne.
La vulnérabilité est par nature récurrente, c’est pourquoi on doit orienter les efforts d’adaptation vers les aspects les plus vulnérables. Alors pourquoi ne pas se concentrer sur la résilience et la capacité d’adaptation? C’est à titre de facteur de réduction de la vulnérabilité que l’adaptation est inscrite dans la Convention.
La question Que faire par rapport aux impacts des changements climatiques? laisse entendre que la recherche doit s’orienter autrement. Par exemple, au Bangladesh, il est plus important d’améliorer les conditions sociales et économiques de la population que de déterminer la hauteur qu’atteindra le niveau de la mer. Une évaluation des changements climatiques est différente des évaluations des actions que nous pouvons poser.
M. Smit examine l’application pratique que peuvent trouver les études et la manière d’évaluer leur efficacité dans les processus décisionnels concrets. Il relève quelques-unes des diverses approches de recherche bien distinctes pouvant être utilisées : évaluation de l’impact, options d’adaptation, indices de vulnérabilité et processus d’adaptation.
Par exemple, l’élaboration d’un scénario de changement climatique portant sur une période de 30 à 100 ans et faisant état des normales de température constitue l’élément clé de l’évaluation des impacts. À partir de là, on peut considérer les répercussions biophysiques et socioéconomiques et aussi supposer une certaine adaptation aux impacts. Les impacts qui restent sont les impacts nets et résiduels que certains définissent comme la vulnérabilité.
« Dans quelle mesure l’adaptation peut-elle atténuer la gravité des changements climatiques? » se demande M. Smit. Si l’on prend l’approche des options d’adaptation, la question devient : Quelles mesures doit-on choisir parmi « l’ensemble des mesures d’adaptation possibles? » Les agriculteurs des Prairies, par exemple, peuvent recourir à l’irrigation des cultures, aux assurances et à la diversification. La mesure choisie dépendra de facteurs tels que le coût, le niveau d’efficacité et les possibilités de mise en oeuvre.
D’après M. Smit, cet exercice est facile à exécuter mais « ne signifie pas grand-chose, car ces options sont présentement envisagées ou déjà mises en application tant par les décideurs que par les agriculteurs. En outre, elles ne peuvent être évaluées de façon individuelle, il est plus logique de les lier aux processus décisionnels déjà en place sur les fermes. »
Les indices de vulnérabilité tentent de comparer les régions, les districts, les zones, les groupes, les secteurs ou les pays afin de déterminer les plus vulnérables comme cibles pour l’adaptation. Plusieurs modèles de vulnérabilité saisissent l’essence de cette approche où la vulnérabilité est liée soit à l’exposition soit à la sensibilité et à la capacité d’adaptation. Le Bangladesh, par exemple, dispose d’une capacité d’adaptation aux inondations différente de celle de la Floride. Le Bangladesh présente une exposition aux inondations plus élevée que, disons, la Suisse. « Nous ne faisons pas seulement des jugements, mais tâchons de comprendre la nature de l’adaptation, » précise Smit.
Les indices de vulnérabilité n’indiquent-ils pas vers quoi doivent se porter les efforts d’adaptation? Au Canada, de tels indices ont servi de base aux décisions mais n’ont pas donné lieu à des initiatives d’adaptation concrètes.
Le processus combiné de la vulnérabilité et de l’adaptation vise à répondre aux questions suivantes : Quelles sont les causes de la vulnérabilité? Quelle est la capacité d’adaptation? Comment peut-on améliorer cette capacité de réagir à l’exposition et au risque? Quelles sont les structures déjà en place?
L’approche fondée sur la vulnérabilité se distingue de l’évaluation des changements climatiques, en ce qu’elle repose sur la communauté. Les conditions d’exposition passées et appréhendées dans le futur ne manquent pas de préoccuper la communauté. Les stratégies d’adaptation sont aussi déterminées à ce niveau. Les spécialistes des sciences tant physiques que sociales s’appliquent à évaluer les conditions d’exposition futures afin de déterminer quelle sera dans l’avenir la capacité d’adaptation. Cette approche convient aux décideurs puisqu’elle permet d’analyser la capacité d’adaptation et les moyens de l’améliorer. Elle considère aussi l’adaptation comme faisant partie des risques actuels. Par exemple, la sécheresse dans les Prairies est déjà intégrée dans les démarches d’adaptation en cours.
Selon M. Smit, la variabilité et les extrêmes ne sont pas indépendants. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution climatique (GIEC) reconnaît que les changements climatiques englobent les variations des conditions moyennes et extrêmes.
L’approche fondée sur la vulnérabilité permet de trouver des conditions climatiques qui préoccupent les collectivités mais qui ne sont pas prises en compte dans les autres modèles. Par exemple, l’évolution des vents marins près de la baie de l’Arctique a une profonde incidence sur la collectivité. Cependant, du point de vue des populations concernées, il importe peu de savoir si le changement doit être attribué au changement ou à la variabilité climatique.
M. Smit note que certains programmes des Nations Unies financent des projets sur les répercussions des changements climatiques mais pas sur la variabilité du climat. Au Bangladesh, par exemple, les problèmes d’élevage du crabe et l’approvisionnement en eau ne découlent pas directement d’un changement climatique mais ils y sont liés. Toutefois, les changements climatiques ne manqueront pas d’amplifier ces problèmes.
En définitive, l’approche parfaite devra accommoder les besoins et la réalité d’une situation donnée.
2005-04-05 |
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