Conférence nationale du changement climatiques impacts et adaptation
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le 4 mai

Don Lemmen, chef de la Direction des impacts et de l’adaptation liés au changement climatique, Ressources naturelles Canada
http://adaptation.nrcan.gc.ca/home_f.asp

Don Lemmen signale que madame Seymoar et monsieur Smit ont démontré clairement l’importance de l’adaptation et de la participation communautaire. « Je vais prendre du recul pour faire le point sur un autre aspect déterminant de la question, la réglementation et les gouvernements ». Le gouvernement fédéral est favorable à l’adaptation, il a créé de nombreux programmes prônant l’adaptation aux changements climatiques. En effet, cet enjeu ne peut être effectivement pris en charge qu’au plus haut niveau de gouvernement.

M. Lemmen s’intéresse au rôle qui revient à la communauté scientifique en ce qui a trait aux politiques éclairées. Selon lui, les responsables des politiques « ne sont pas là simplement pour égayer le décor, ils peuvent vraiment nous aider à progresser. »

« Comment pouvons-nous prétendre que l’adaptation tient un rôle de plus en plus important dans la recherche sur les changements climatiques? ». Le nombre de publications dans ce domaine au cours de la dernière décennie s’est multiplié par quatre ou cinq. Cependant, on peut se demander que valent les meilleures recherches sans engagement? Heureusement, un engagement accru se manifeste par le développement du réseau C-CIARN dont le nombre de membres a doublé depuis un an.

Cette croissance s’explique par la recrudescence des possibilités de recherche en adaptation. Le gouvernement fédéral, notamment, appuie 120 programmes. Aussi, depuis 2001, « nous sommes loin d’être les seuls à apporter notre appui. ». M. Lemmen mentionne des acteurs tels que le Consortium Ouranos au Québec, le réseau ArcticNet et le Fonds d'action pour les changements climatiques (Agence canadienne de développement international).

Nous sommes des chefs de file en matière d’impacts et d’adaptation à l’échelle internationale, » observe M. Lemmen. Tous ces efforts ont généré un niveau de financement et un appui international d’envergure. La recherche connaît un important essor depuis les cinq à dix dernières années, ce qui produit des retombées. Cela atteste des « liens étroits qui existent entre le monde universitaire et la mise en œuvre de l’adaptation ». M. Lemmen donne en exemple le Système d’alerte chaleur-santé de la ville de Toronto et les projets d’infrastructures et de transports dans les régions nordique qui examinent les zones de traverse des rivières et les routes de glace. Des projets comme ceux-ci témoignent d’une prise de conscience des conditions actuelles et l’on peut s’attendre à ce que les changements climatiques amplifient ces conditions.

« Nous en sommes toujours à mettre en place la base des connaissances », signale M. Lemmen. Ce qui est le plus captivant, c’est que les décideurs commencent à prendre conscience de l’importance de l’adaptation face aux changements climatiques.

« Et ceci n’est qu’un début. Il reste un long chemin à parcourir », admet Lemmen. Les débats sur l’adaptation atteignent une certaine « maturité » mais ce n’est pas le cas de la mise en oeuvre.

Lors de la prochaine étape, la recherche ne doit pas seulement aider à déterminer les objectifs stratégiques mais également à les définir clairement. En outre, les décideurs se voient soumettre des rapports contradictoires qui sont principalement orientés sur les impacts qui se rapportent rarement à d’autres questions stratégiques.

La communauté scientifique doit évaluer les connaissances et transmettre ses conclusions aux responsables des politiques. Cette évaluation nécessite l’intégration de sources multiples avec des analyses à valeur ajoutée.

Citant l’exemple des travaux de Bill Hare dans Exeter, M. Lemmen souligne également l’importance de définir les buts. Ces travaux définissent des changements climatiques menaçants à l’aide de diagrammes d’« alerte orange » pour quantifier les risques régionaux et les espèces à risque selon les niveaux d’élévation de température.

De tels travaux aident à répondre à la question Quelle est la gravité d’un changement climatique? mais s’avèrent peu utiles pour les questions d’adaptation.

M. Lemmen observe que « bien qu’il existe plusieurs publics cibles (industrie, média, bailleurs de fonds pour la recherche, etc.), le gouvernement joue un rôle unique comme promoteur et facilitateur de l’adaptation ».

M. Lemmen propose quatre clés pour influencer l’arène politique :

  • L’information de sources et de types variés entre les diverses disciplines doit être intégrée. L’information « en silo » n’est pas souhaitable.
  • Actuellement, la recherche dans le domaine des changements climatiques est centrée sur l’inconnu, elle devrait plutôt porter attention à ce qui est connu avec un certain degré d’incertitude.
  • D’un point de vue stratégique, il est important de porter attention aux points de décision (par exemple, seuils et limites).
  • Il est important de placer les changements climatiques dans le contexte d’autres initiatives sur les politiques afin de cerner les synergies potentielles et conflits possibles.

Après avoir examiné le mérite relatif de différentes approches de recherche en adaptation, M. Lemmen invite les participants à considérer également l’évolution des méthodes et la nécessité croissante d’intégrer l’information. Il cite un avis selon lequel la combinaison d’approches fondées sur la vulnérabilité et sur des scénarios permettrait de ne plus avoir à regarder vers l’avenir puisque ce travail serait déjà fait. Il émet toutefois quelques doutes.

Le discours actuel sur l’adaptation aux impacts des changements climatiques porte à confusion pour les décideurs. Selon M. Lemmen, il y a généralement un problème d’échelle où la recherche fondée sur les modèles est en contradiction avec le modèle participatif. « Notre discipline risque-t-elle de diverger? » se demande-t-il. La question doit se poser.

Une des façons d’intégrer les connaissances serait de recourir à la révision par les pairs, propose M. Lemmen. L’adaptation réelle nécessite cependant la participation d’experts et de praticiens de même que l’intégration du savoir traditionnel (par exemple, les observations des aînés sur les changements climatiques à Iqaluit).

Le savoir traditionnel recèle un trésor de capacités d’adaptation. M. Lemmen suggère d’intégrer les connaissances et de les enrichir par la littérature indépendante du domaine des changements climatiques. « Le cas n’est pas unique, nous avons dû nous adapter à divers stress depuis longtemps. »

M. Lemmen réitère « la nécessité de mettre l’accent sur ce que nous connaissons et de composer avec les niveaux de confiance. » Il illustre cette idée à l’aide d’une matrice représentant un ensemble de conclusions spéculatives ou bien établies et donc avec des niveaux de consensus élevés ou faibles, respectivement.

Les seuils et l’importance des taux de changement sont tout aussi importants. En intégrant l’atténuation et l’adaptation, les taux de changements diminuent ainsi que le coût de l’adaptation. De l’avis de M. Lemmen, il s’agit plus que d’un jugement éthique et moral.

Les changements climatiques sont l’un des multiples facteurs de stress et doivent être considérés parmi d’autres facteurs concurrents. En même temps, l’adaptation aux changements climatiques est fondamentale au concept de développement durable et l’intégration est essentielle.

Il suggère quelques défis à la communauté des chercheurs :

  • Améliorer l’analyse quantitative de l’exposition (coûts/avantages); actuellement, nulle mention n’est faite des aspects économiques;
  • Comprendre la capacité d’adaptation.

Il est facile et avantageux de quantifier l’exposition, dit M. Lemmen, citant l’exemple des impacts des changements climatiques sur les travailleurs forestiers.

Actuellement, les coûts des risques associés aux changements climatiques reposent sur la perspective des scientifiques. L’évaluation qu’en font les spécialistes des sciences de la nature est plus élevée que celle des chercheurs des sciences sociales. Cela indique la nécessité de meilleures analyses économiques. M. Lemmen note également que l’inclusion des impacts positifs fournit une meilleure vue d’ensemble.

« Nous avons un problème de crédibilité, nous devons donc présenter des arguments économiques irréfutables », dit M. Lemmen. En outre, le concept de capacité d’adaptation doit être pertinent pour les décideurs. Énumérant plusieurs déterminants de la capacité d’adaptation, M. Lemmen explique que « si nous savons comment, il est alors possible de développer les politiques qui feront de l’adaptation une réalité. »

M. Lemmen conclut avec les points suivants :

  • L’évaluation scientifique en tant qu’outil pour les processus stratégiques évolue à diverses échelles.
  • Il faut regarder au-delà de la révision de la littérature des pairs dans le seul domaine des changements climatiques.
  • L’incertitude ne doit pas alarmer les citoyens, la gestion du risque en tient compte.
  • Il est primordial de comprendre ce qui est connu sur la capacité d’adaptation de la population, sur les seuils critiques et l’importance des taux de changement.


2005-04-05

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