le 6 mai
Stewart Cohen, Groupe de recherche sur l’adaptation et les répercussions, Environnement Canada/Université de la Colombie-Britannique
http://www.ires.ubc.ca/nav.php?page=cohen_stewart
« Optimiste quant à l’avenir de la communauté de recherche au Canada », Stewart Cohen souhaite néanmoins partager son point de vue sur les raisons « pourquoi nous semblons avoir du mal à accorder une place importante à ce que nous faisons. » Il résume d’abord les réalisations canadiennes. Les chercheurs canadiens ont mené de nombreux travaux de recherche sur l’adaptation. Il cite en exemple The Environment as Hazard (Burton et al., 1978, 1993) comme un des premiers livres publiés dans le domaine, expliquant que « l’arbre de choix » de Burton est encore utilisé par le GIEC 25 ans plus tard.
Le concept d’interactions entre la société et l’environnement, par exemple, n’est pas nouveau non plus, puisque le livre Climate Change and Society de Kellogg et Schware (1981) en faisait déjà mention. M. Cohen explique que ces idées ont mené à la rédaction d’un livre en 1985, Climate Impact Assessment, qui comprenait des chapitres sur l’économie, l’analyse sociale et l’évaluation intégrée. Ce livre a été publié bien avant la mise au point des premiers modèles d’évaluation intégrée.
M. Cohen montre comment la recherche sur l’adaptation aux changements climatiques a évolué, comment les séries d’évaluation des impacts climatiques et modèles ascendants/descendants ont inspiré les groupes de travail du GIEC.
Nous dirigeons des travaux de recherche sur les risques depuis longtemps. Pourtant, une expérience comme celle de la Crise du verglas en 1998 a remis en question la capacité d’adaptation élevée qu’on tenait pour acquis dans les pays développés. « Est-ce nous qui créons les risques ou ceux-ci nous prennent-ils par surprise? », se demande M. Cohen. Montrant un graphique de la tendance de la fréquence annuelle des catastrophes naturelles majeures de 1950 à 2004, il fait observer que « nous faisons du bon travail pour la gestion des tremblements de terre, mais que nous maintenons le statu quo en ce qui a trait aux phénomènes météorologiques extrêmes. »
Citant Hare (1981), M. Cohen confie : « nous souhaitons partager nos convictions, mais les néophytes se montrent réservés. » Selon lui, l’apathie face aux changements climatiques s’explique par l’atténuation des impacts climatiques par le commerce et les mesures d’intervention (p. ex., « on s’en occupe » et la modification du lien entre le climat et la société en raison des changements technologiques, sociaux et politiques (p. ex., « le sol bouge sous nos pieds »).
Il existe diverses écoles de pensée au sujet de l’évolution technologique. L’une d’entre elles laisse entendre que la société doit réagir et s’adapter aux changements climatiques parallèlement à l’évolution technologique. Alors qu’une autre propose de désynchroniser les activités quand les saisons et le climat jouent des rôles mineurs dans l’emploi du temps de la population. Cette dernière émet l’hypothèse que les événements climatiques n’ont pas les mêmes répercussions qu’auparavant.
Si les climats passés peuvent guider l’avenir, pourquoi pas les réactions de la société face aux changements climatiques passés? M. Cohen fait observer que parfois les analogies historiques ou interculturelles ne répondent pas aux attentes, car les progrès technologiques modifient la relation, tout comme le font différentes organisations politiques et sociales.
« Le domaine de recherche dans lequel nous travaillons n’évolue pas de façon linéaire, » indique M. Cohen. Les chercheurs qui mettent au point des modèles l’ont compris depuis longtemps. Il recommande à la communauté intéressée à l’évaluation des impacts et de l’adaptation d’examiner certaines questions :
Comment pouvons-nous définir le problème? Il propose d’analyser le rôle des chercheurs et des acteurs. Toutefois, il admet ne pas se sentir à l’aise avec les termes ambigus « ascendant » et « descendant ».
Comment allons-nous modifier les échelles, par exemple d’échelle planétaire à échelle régionale?
Les scénarios sont-ils utiles?
Comment pouvons-nous choisir les modèles de répercussions biophysiques et leur échelle?
Quel est le meilleur modèle pour chacune des situations?
M. Cohen admet que « oui, les néophytes se montrent réservés », c’est pourquoi il est nécessaire d’intégrer la science aux domaines du droit, de la politique, de l’éthique et de l’équité, tout comme le suggère le livre Climate Affairs (Michael Glantz). En outre, nous devons placer les changements climatiques dans un contexte humain et établir des partenariats dans un environnement d’apprentissage partagé.
M. Cohen propose aux collectivités de partager leurs expériences et réactions face aux changements climatiques, tout en utilisant les analyses, modèles et scénarios scientifiques. Le tout permettra d’amorcer les discussions entre les parties intéressées. Il parle de ces travaux menés dans l’Okanagan où les professionnels et les praticiens (p. ex., l’ancien président d’une association de fructiculteur, un planificateur régional et un agent de contrôle des inondations) se sont regrouper afin d’intégrer l’adaptation aux changements climatiques dans leur plan de gestion des eaux locales.
Cette approche fut un succès, car bien que le processus ait débuté il y a cinq ou six ans à peine, « nous avons pu expliquer les scénarios, les hydrogrammes et l’évolution des risques, » explique M. Cohen. « Nous avons aussi analysé les leçons tirées de l’adaptation de la collectivité, à savoir comment les organisations communautaires ont réagi? »
« Oui, il est important de tirer des leçons du passé, mais nous devons inclure les scénarios de façon explicite, » dit-il. Ainsi, nous éviterons d’utiliser des termes trop ambigus. Il attire aussi l’attention sur l’importance de partager les expériences afin de former des vulgarisateurs qui pourront mener des recherches durables et accroître la probabilité d’intégrer la recherche sur l’adaptation aux changements climatiques dans le processus décisionnel des gouvernements locaux.
2005-04-05 |
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